Les médias ont une influence sur la démocratie parce que le droit à une information libre est un droit fondamental des citoyens. Au XXe siècle, les médias de masse sont apparus en même temps que le suffrage universel.
Dans une démocratie, le pouvoir de gouverner appartient à tous les citoyens. En participants dans les élections, les citoyens votent pour élire leurs représentants au gouvernement. Ce sont donc les médias (les journaux, la télévision et aujourd’hui internet) qui informent les citoyens des élections, des programmes des différents partis et des candidats. Ce sont les médias qui créent l’ordre du jour du débat publique (ang. agenda-setting), des problèmes dont on parle. C’est pour cela on parle de “quatrième pouvoir” ou de “contre-pouvoir”.
Au XIXe siècle, Alexis de Tocqueville a eu l’intuition qu’il y a un effet entre l’introduction des premiers des journaux quotidiens américains et l’augmentation de la participation des citoyens dans les élections.
Cette intuition a été confirmée par l’étude de Gentzkow (2006)[1], Shapiro et Sinkinson (2011).[2]
Comme Julia Cagé, une économiste française a bien montré dans son article : « Un journal supplémentaire augmente la participation aux élections législatives et présidentielles de 0.3 points de pourcentage; le premier entrant sur le marché d’un point de pourcentage, un effet massif ».[3]
La probabilité que les individus votent augmente s’ils sont mieux informés. Cela a été confirmé par l’étude de Feddersen et Sandroni (2006)[4] et Lansen (2005)[5]. La radio a également joue un rôle similaire.
L’effet de la télévision en démocratie est plus compliqué. La télévision « détourne » les citoyens des médias au contenu informatif plus élevé en leur offrant de divertissement à volonté ! La télévision conduit ainsi en de la polarisation de la société (Prior, 2005, 2007)[6].
Avec l’internet, le paysage médiatique est beaucoup plus riche mais les effets sur la démocratie, mais les effets sur la démocratie deviennent plus compliqués (Molęda-Zdziech, 2011)[7].
Une partie importante des citoyens est moins bien informée. Cela influence la pratique de nos démocratie, l’engagement politique des citoyens qui diminue – au même moment ou le vote pour les extrêmes ne cesse d’augmenter.
La désinformation qui augmente – surtout dans les périodes de campagnes politiques ou de guerre – le danger pour la démocratie. Elle contribue à éroder la confiance des citoyens dans les médias, les institutions démocratiques. Elle remet en question la légitimité de tout le système politique. Le cas des Etats-Unis au moment de l’attaque du Capitole en janvier 2021 illustre bien ce mécanisme.
N’oublions pas que la technologie est seulement un outil de changement, car on ne peut pas obtenir la liberté et garantir la stabilité de nos démocraties – uniquement en tweetant.
[1] Gentzkow, M. (2006), “Television and Voter Turnout,” Quarterly Journal of Economics, 121 (3), 931–972.
[2] Shapiro J., et Sinkinson M. (2011), “The Effect of Newspaper Entry and Exit on Electoral Politics,” American Economic Review, 101 (7), 2980–3018.
[3] Cagé, J. (2016). 8. Médias et Démocratie. Regards croisés sur l’économie, 18, 123-133.
[4] Feddersen, T. et Sandroni A. (2006), “A Theory of Participation in Elections,” American Economic Review, 96 (4), 1271–1282.
[5] Lassen, D. “The Effect of Information on Voter Turnout: Evidence from a Natural Experiment,” American Journal of Political Science, 2005, 49 (1), pp. 103–118.
[6] Prior, M., “News vs. Entertainment: How Increasing Media Choice Widens Gaps in Political Knowledge and Turnout,” American Journal of Political Science, 2005, 49 (3), pp. 577–592; Post-Broadcast Democracy: How Media Choice Increases Inequality in Political Involvement and Polarizes Elections. Cambridge Studies in Public Opinion and Political Psychology, Cambridge University Press, 2007.
[7] Molęda-Zdziech, M. (2011). Médiatisation de la vie publique : introduction à la problématique. Sociétés, 112, 103-113.